"Au fil des ans, Claire Artemyz a archivé une mémoire du monde, des sauriens à l'homme en passant par les ammonites. Tout en embranchements, comme peut l'être dans un livre une arborescence scientifique, son ordinateur regorge de fragments de corps. Regroupés, ils ne donneraient pas naissance à un nouvel animal, ou à un humain sorti de la préhistoire.

Cet ensemble de photographies montrerait, par simple observation, ce qui a disparu des origines de la vie et ce qui en subsiste parmi nous. Les oiseaux ne sont-ils pas les survivants des dinosaures ?...

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Développée dans ce qui ne pouvait constituer que des séries lentement construites, l'aventure se révèle en fait double. Il y les recherches intellectuelles, bien sûr. Il existe aussi les choix esthétiques. Chaque cadrage, chaque éclairage, chaque enchaînement d'images dans un album constitue un parti-pris. Il s'agit là d'un langage articulé, avec ce qu'il suppose de choix dans les sons et les mots."

Etienne Dumont, critique d'art

Je photographie comme sous un microscope, à la recherche de ce qui ne se voit pas de prime abord.

Dans un rapport formel à la chose photographiée, la construction de l’image par le cadrage et la lumière vise à isoler le sujet pour le mettre en scène.

Il s’agit d’éliminer ce qui s’érige en obstacle : contexte, défauts ou cassures, qui viendraient détourner l’attention. Le résultat est volontairement « esthétique » par son caractère épuré et minimaliste, renforcé par l’occurrence fréquente du clair-obscur qui dévoile ex abrupto tout ou partie de l’objet et rien que lui.

 

Le plan rapproché établit une proximité presque tactile avec mon sujet. Il en résulte des images abstraites qui engendrent une perte de repères et d’échelles.

Objet physique ou situation, il s’agit de regarder autrement, d’en révéler un aspect qui sollicite la participation de l’imaginaire.

 

Parvenir à ce point de vue singulier c’est me placer en immersion dans l’univers que j’explore, au plus près de ses problématiques et de ses fonctionnements. Les séries se font sur un temps long, au cours duquel s’instaure une sorte de familiarité avec le milieu. Je m’installe peu à peu dans la posture étrange du dedans – dehors. Elles s’organisent de manière séquentielle selon un enchaînement presque logique, le sujet de la suivante étant implicitement suggéré par la précédente. Le choix thématique s’impose presque de lui-même, comme le résultat d’un cheminement inconscient.

 

J’extraie un point de vue décalé qui réinvente la vision des choses, dans des domaines à la fois définis et vastes. 

Qu’il s’agisse de la pratique du tatouage, de la quête des origines à travers les recherches préhistoriques, ou encore du sacré dans l’iconographie religieuse chrétienne, le fil conducteur de ces photographies est toujours le rapport au détail.

Claire Artemyz

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