La photographe Claire Artemyz s’intéresse à la trace laissée par le vivant dans une temporalité étendue, de la préhistoire à nos jours. Ces traces peuvent relever de divers processus naturels (fossilisation, vestiges défrichés), d’actes corporels intentionnels (tatouage) ou témoigner de civilisations disparues (statuettes, outils, bijoux, statuaire religieuse). Il ne s’agit pas de documenter, mais de susciter sensations, émotions et hypothèses grâce à l’usage de la macro, d’une faible profondeur de champ et d’un éclairage en clair-obscur qui sculpte la surface et isole le détail, renforcé par des contrastes chaud-froid. Il en résulte une image mystérieuse et poétique, proche de l’abstraction tout en restant ancrée dans le réel. Le sujet devient surface d’émergence du trouble, d’une mémoire vivante ouverte aux interprétations du regardeur.
La photographe élabore parfois des paradoxes visuels, transformant violence et douleur en images d’une grande douceur par une lumière enveloppante et des textures sensuelles. Claire Artemyz photographie ce qui la trouble ou résiste au regard, chargeant le sujet d’une dimension de grâce, voire de sacré, affirmant son amour du vivant et son intérêt pour ses usages passés et contemporains. Sans s’abandonner totalement à l’abstraction, ses images conservent une empreinte tangible que le spectateur est invité à compléter.


